personne morale ou institution
Ecclésiastique
Nombre de sceaux
4
Commentaire

Dans son catalogue sur les sceaux du Poitou, François Eygun commente les sceaux de sainte Radegonde : 

"Sainte Radegonde, elle, est la véritable patronne du Poitou. Nous avons de cette sainte plusieurs représentations intéressantes, la plupart déjà décrites, mais presque toutes de façon plus ou moins fautive. Son sceau le plus ancien est celui de Jean, prieur de Sainte-Radegonde, daté de 1245 (n° 1308). Il montre la sainte debout, de face, la tête couverte d’une couronne à trois fleurons, vêtue d’une longue tunique ; elle porte de la main droite le sceptre appuyé contre son épaule et de la gauche, un livre. C’est le type que nous retrouvons à peu près dans le sceau du chapitre de Sainte-Radegonde en 1329 (n° 1306), mais la couronne est posée sur un voile et le sceptre est formé d’une branche de lis feuillée.

Le prieur de Saix, en 1315 (n° 1631), possède un modèle un peu différent. Saix, dont l’église est dédiée à sainte Radegonde, garde le souvenir du séjour de cette sainte. Le costume qu’elle porte est le même, mais ses attributs sont différents. De la main droite, elle s’appuie sur la crosse, bien qu’elle n’ait jamais été abbesse; de l’autre, elle tient une palme et non comme on pourrait le supposer1 le laurier qu’elle fit refleurir. A ses pieds, le prieur est agenouillé. Les sceaux qui suivent nous offrent un changement dans le costume de la sainte, ou plutôt
une addition, car ses épaules sont désormais chargées du manteau royal fleurdelisé. C’est sous cet aspect qu’un sceau de Marie, abbesse de Sainte-Croix de Poitiers (n° 1589), nous la montre en 1396. La sainte est debout avec ce manteau, portant la couronne et le sceptre, devant la croix pattée, emblème du couvent de Sainte-Croix et souvenir de la relique de la vraie Croix que sainte Radegonde avait obtenue de l’empereur Justin. Derrière elle, l’abbesse à genoux tient la crosse. En 1477, le sceau d’Isabeau de Couhé (n° 1590), quoique très abîmé, nous permet de vérifier le dessin de Gaignières qui le représente et sur lequel la sainte est vêtue comme précédemment, à cette différence près qu’une guimpe placée sous le voile lui encadre le visage. C’est le modèle qui s’est perpétué jusqu’à nos jours. La guimpe existe déjà dans le contre-sceau du prieur deSainte-Radegonde en 1370 (n° 1309), où se voit le chef de la sainte, accosté de deux fleurs de lis, et sur le contre-sceau aux contrats de Vouillé avec le même sujet (n° 979).

Le costume est identique dans un sceau de type très différent, dont la matrice appartient à laville de Poitiers (n° 1310), et qui rappelle une scène bien connue en Poitou, l’apparition du Christ à sainte Radegonde, devenue par la suite la tradition du Pas de Dieu. Baudonivie nous la décrit : le Christ, debout devant la sainte agenouillée, lui montre du doigt son front et lui dit : Quid medesideriis accensa cum tantis lacrymis rogas, gemens requins, fusis precibus poscis, pro me tanto cruciatu affligis, qui semper tibi assisto ? Tu, gemma preciosa,noveris te in diademate capitis mei primam esse gemmam[2]. Ce type a eu un antécédent avec le sceau très mutilé du prieur de Sainte-Radegonde en 1370 (n° 1309), dont nous avons décrit le contre-sceau et peut-être est-il même déjà en cours dès la fin du xme siècle (n° 1304). La seule différence, en dehors des détails de style et de gravure, paraît résider dans la présence d’un pupitre placé entre le Christ et sainte Radegonde. Le sceau aux contrats à Vouillé pour les prieur et chapitre de Sainte-Radegonde en 1491 (n° 979), reproduit ainsi le Pas de Dieu suivant cette formule traditionnelle.

Un scel du chapitre de Sainte-Radegonde en 1447 (n° 1307) nous montre le buste de la sainte au-dessus de trois fleurs de lis. Elle y est couronnée et a la tête couverte d’une guimpe. Un dernier type très curieux et tout différent des précédents, est celui que deux dessins de dom Fonteneau nous ont conservé. C’est un sceau du Chapitre daté de 1318 (n° 1305) et qui représente sainte Radegonde en buste, coiffée d’une couronne sans fleuron de laquelle tombe le voile. Elle a la main droite ouverte et tient une quenouille de la gauche. L’original de ce sceau a
malheureusement disparu des Archives de la Vienne où il était encore en 1881 L Mgr Barbier de Montault a cru voir dans cette quenouille, dont l’identité avait été nettement reconnue par Longuemar, un arbre pyramidal ou une palme. Le dessin de dom Fonteneau ne nous paraît pas pouvoir permettre le doute ; il s’agit bien d’une quenouille et dès lors le fait s’explique par un passage de Fortunat : Est in rebus minimis magna gloria Creatoris. Ergo casu dum glomus quem sancta filaverat, pependeret de caméra, veniens sorix, ut tangeret,antequam filum incideret mortuus in morsu pependit 2. Des calques exécutés vers 1760, par D. Pernety sur deux manuscrits
anciens du chapitre de Sainte-Radegonde représentent la quenouille de la sainte posée sur le bord extérieur d’une fenêtre, le fuseau pendant au bout d’un long fil et le rat essayant de couper le fil par son milieu3.

L’iconographie de sainte Radegonde sur les sceaux est rare en dehors du Poitou. Citons cependant un sceau du xive siècle, vraisemblablement de la léproserie de Sainte-Radegonde de Louviers, qui est conservé au British Muséum et qui figurerait sainte Radegonde de face, debout
sur un petit piédestal, ayant les cheveux longs et tenant devant elle un livre à deux mains4.

En résumé, nous avons de sainte Radegonde deux types iconographiques principaux qui se succèdent : l’un où la sainte est montrée en religieuse couronnée, ayant pour attributs soit la crosse et la palme, soit le sceptre et le livre ; l’autre où ne se voient ni la crosse, ni la palme, mais l’adjonction du manteau fleurdelisé et, en général, la guimpe".